Le Procès De La Petite Inass Touloub

Le Procès De La Petite Inass Touloub

Un Témoignage Marqué Par L’Horreur

Le récit des événements commence le 11 août 1987, sur le bord de l’autoroute A10, dans un secteur désert situé entre Blois et Orléans où les champs s’étendent à perte de vue. Frédéric Laujon, alors étudiant travaillant pour la société Cofiroute, remarque une petite couverture bleue étendue en contrebas de la route. En s’approchant pour vérifier s’il ne s’agissait pas d’un danger, il découvre le corps d’une fillette brune. Le va-et-vient des voitures a soulevé l’un des angles du tissu, laissant apparaître la tête de l’enfant, vraisemblablement décédée. Le témoin se souvient avoir hurlé à son collègue que ce n’était pas une poupée, réalisant immédiatement la tragédie de la situation.

Le corps a été déposé avec soin au pied de la glissière, rendant la victime presque invisible depuis la chaussée. Frédéric Laujon a précisé que sans sa mission de fauchage, le corps n’aurait probablement pas été retrouvé aussi rapidement. Il a constaté que le visage de la petite fille était très tuméfié. Ce détail n’était que le début d’un constat bien plus sombre. L’enfant, identifiée près de trente ans plus tard comme étant Inass Touloub, n’avait que quatre ans au moment de son décès.

Des Constats Médicaux Accablants

Les gendarmes intervenus sur place, dont Francis Fourcroy et Rémy Maunier, ont exprimé leur sidération face à l’atrocité de la scène. Les photos projetées lors du procès montrent une enfant martyrisée, avec des traits enfantins contrastant avec de multiples plaies causées par des morsures et des traces de sang séché. L’état du visage était si choquant que les autorités ont dû utiliser un portrait-robot plutôt que des photographies pour tenter d’identifier la victime auprès des habitants des alentours. Francis Fourcroy, malgré quatorze ans de carrière, a affirmé n’avoir jamais vu d’enfant si martyrisée.

L’autopsie a révélé que la mort d’Inass Touloub n’a pas été instantanée. Elle s’est éteinte progressivement à la suite d’une multitude de traumatismes. L’analyse radiologique du squelette a mis en évidence trois fractures, plus ou moins récentes, qui n’avaient jamais été soignées. Le Dr Agnard, ayant procédé à l’examen, a insisté sur le fait que ces fractures sont extrêmement douloureuses, d’autant plus lorsqu’elles ne sont pas immobilisées. Selon l’expert, ce tableau radiologique est caractéristique des enfants battus.

Le Silence Et Les Contradictions Des Parents

Près de quarante ans après les faits, Halima El Bakhti, 72 ans, et Ahmed Touloub, 74 ans, sont jugés à la cour d’assises de Blois. La mère est accusée d’actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, tandis que le père est poursuivi pour complicité. Durant l’audience, les deux accusés sont restés largement insondables. Ahmed Touloub, appuyé sur sa canne, fixait le sol, tandis que Halima El Bakhti, le regard dans le vide et les bras croisés, semblait spectatrice de son propre procès.

Halima El Bakhti a tenté de nier l’identité de l’enfant lors de sa garde à vue en juin 2018, affirmant que cela ne pouvait pas être sa fille. Interrogée sur le moment où elle a compris que la victime était la sienne, elle a répondu avoir réalisé la situation seulement en 2018, soit trente ans après la disparition. Elle a prétendu que les informations étaient floues et qu’elle avait confondu les faits dans son esprit, pensant que sa fille était toujours vivante. Ces déclarations ont suscité la colère de l’avocat général, qui a demandé si la chair de sa chair pouvait être floue pendant trois décennies.

Ce n’est qu’à la fin de la journée, lors d’un débat sur la demande de huis-clos déposée par leurs autres enfants, que la mère a reconnu une forme de responsabilité. Elle a déploré la souffrance de ses autres enfants, affirmant qu’ils sont détruits, et a critiqué la méchanceté des gens suite à la médiatisation de l’affaire. Finalement, elle a admis que le point de départ de cette tragédie résidait dans les actes commis par elle et le père de l’enfant. Les deux accusés encourent désormais la réclusion criminelle à perpétuité.