Hausse Des Commandes De Fioul Et De Carburants En France

Un regain massif des commandes énergétiques
La Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C) observe une accélération significative des commandes de fioul et de carburants. Ce phénomène fait suite à une décision gouvernementale majeure consistant à libérer des réserves stratégiques pour stabiliser le marché. Emmanuel Ampaud, président de la FF3C et du groupe Piretti Energies, souligne que les clients, qu’ils soient des particuliers ou des professionnels, avaient adopté une attitude d’attentisme durant plusieurs semaines avant que cette mesure ne soit concrétisée.
Le déclenchement de cette dynamique a été rapide. Dès le vendredi précédant le début du mois de novembre, un afflux important de commandes a été enregistré via les sites internet et les appels téléphoniques. Cette situation a conduit les distributeurs à devoir doubler, voire tripler, leurs volumes de livraisons quotidiens pour répondre à la demande soudaine, marquant une rupture nette avec le calme observé précédemment.
L’impact du déstockage et du climat
L’origine de cette hausse réside dans l’annonce faite mi-octobre par le Premier ministre, prévoyant une baisse du gazole comprise entre 12 et 18 centimes à partir du 1er novembre. Pour atteindre cet objectif, l’État a procédé au déstockage de 10 millions de barils de gazole issus de ses réserves stratégiques. Cette opération a eu un effet immédiat sur plusieurs produits : le gazole, le gazole non routier (GNR) utilisé par les pêcheurs et les agriculteurs, ainsi que le fioul domestique ont vu leurs prix reculer.
Le ministre du Commerce, Serge Papin, a précisé que cette baisse a déjà été appliquée dans environ 6 000 stations-service sur les 10 000 présentes sur le territoire, avec des diminutions moyennes de 12 centimes, atteignant parfois plus de 15 centimes dans 4 000 points de vente. Le prix moyen du gazole s’est ainsi établi à 2,27 euros le litre le mardi 3 novembre, marquant un recul par rapport aux sommets atteints en septembre, où il avait grimpé à 2,40 euros en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz. À titre de comparaison, avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 27 février, le gazole et le SP95-E10 coûtaient environ 1,72 euro le litre en moyenne.
Cependant, la baisse des prix n’est pas le seul facteur. Emmanuel Ampaud explique que l’arrivée du froid a créé un effet conjugué avec la diminution des tarifs. Ce double impact prix et météo a libéré une demande contenue, poussant les consommateurs à remplir leurs cuves simultanément. Il est important de noter que les tarifs de l’essence sont restés stables, le SP95-E10 se maintenant autour de 2,10 euros le litre et le SP98 à 2,22 euros, alors que le SP98 avait atteint 2,25 euros le 18 septembre.
Perspectives et critiques sur les mesures adoptées
Bien que l’opération de déstockage soit saluée, elle est décrite comme un événement ponctuel, un “one shot”. L’espoir réside désormais dans une stabilisation, voire une baisse durable des prix d’ici la fin janvier, lorsque l’opération sera terminée, en espérant que le contexte international devienne plus favorable pour les consommateurs et les professionnels.
Parallèlement, la FF3C estime que d’autres leviers auraient pu être actionnés pour obtenir une réduction plus marquée des coûts pour le consommateur final. Le syndicat suggère notamment une baisse des taxes, en particulier la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). De plus, la suspension temporaire des certificats d’économie d’énergie, qui représentent un coût estimé entre 14 et 15 centimes, aurait été une piste envisageable selon Emmanuel Ampaud. En jouant sur l’ensemble de ces leviers, une baisse plus importante aurait probablement été possible, bien que ces décisions relèvent exclusivement de la main de l’État.
Pour garantir que ces baisses soient réellement profitables aux usagers, le ministère de l’Économie a indiqué qu’il collaborerait avec la Répression des fraudes (DGCCR). L’objectif est de contrôler que la réduction des prix issue du déstockage soit effectivement répercutée aux pompes et dans les livraisons de fioul, évitant ainsi que les marges ne soient absorbées en cours de chaîne de distribution, assurant ainsi que le bénéfice financier atteigne bien le client final.