Évacuation Du Campement De La Puerta Del Sol À Madrid

Un Démantèlement Nocturne À Madrid
La place de la Puerta del Sol, site emblématique et touristique de la capitale espagnole, a retrouvé son aspect habituel ce mardi. Après plusieurs jours d’occupation, les tentes bleues qui symbolisaient la lutte pour le droit au logement en Espagne ont été supprimées. L’opération, menée durant la nuit de lundi à mardi, a permis de libérer l’espace entourant la statue équestre de Carlos III, redonnant ainsi l’accès complet aux commerçants et aux vacanciers qui fréquentent ce lieu central.
L’intervention a été d’une ampleur considérable, mobilisant un dispositif sécuritaire important. Selon les autorités locales, l’opération a nécessité le déploiement de 220 agents de la police nationale ainsi que 180 agents de la police municipale. Pour accompagner ce mouvement, des pompiers et des agents des services sociaux ont également été mis à contribution. Le mardi matin, la place est restée entièrement fermée au public pendant plusieurs heures, encerclée de barrières de sécurité. Des bulldozers ont été utilisés pour racler les dernières structures abandonnées, tandis que des agents municipaux, vêtus de combinaisons blanches, procédaient au nettoyage approfondi des pavés encore humides.
Des Versions Divergentes Sur Le Déroulement
Le bilan de l’opération fait l’objet de contradictions majeures entre les autorités et les occupants. La délégation du gouvernement de Madrid affirme que l’évacuation des 334 personnes présentes sur le site s’est déroulée sans heurts, ne signalant que deux arrestations. Cependant, les membres du mouvement Acampada 26S dressent un portrait bien différent de la situation. Ils dénoncent une violence extrême et déchaînée, affirmant que les forces de l’ordre ont utilisé du gaz lacrymogène et lancé des charges contre ceux qui tentaient d’ordonner une sortie organisée du campement.
Certains militants, relayant leurs témoignages sur les réseaux sociaux, font état de blessés. Liliana, une retraitée sympathisante du mouvement, décrit une expulsion brutale effectuée à coups de matraques. Elle souligne surtout l’absence totale d’avertissement préalable, qualifiant l’intervention de surprise nocturne. Selon elle, le fait d’agir à trois heures du matin constitue un acte de violence en soi, d’autant plus que le camp accueillait des personnes vulnérables, notamment des personnes âgées, des malades et des individus en fauteuil roulant. De nombreux sans-abri y avaient trouvé refuge ces dernières semaines, bénéficiant d’une structure organisée comprenant une infirmerie et une cantine.
Des témoignages recueillis par Glassbeadian, un activiste new-yorkais membre de la commission communication, évoquent également un climat délétère. Une jeune Madrilène a exprimé son écœurement face au traitement reçu, mentionnant des propos racistes et sexistes tenus par certains policiers durant l’opération d’évacuation. Elle a confié son indignation face caméra, déplorant que des êtres humains puissent se traiter ainsi pour une simple question d’idéologie.
L’Évolution De La Lutte Pour Le Logement
Ce démantèlement intervient juste après une étape politique importante pour le mouvement. Le lundi précédent, Acampada 26S avait organisé une journée mêlant art et politique, marquée par la lecture d’un manifeste. Ce document visait à préparer l’avenir de leur combat en décentralisant la lutte. Le mouvement avait en effet décidé de dissoudre certaines de ses commissions et de lever le campement pour déplacer les actions vers les différents quartiers de Madrid, tout en se préparant pour une grève générale prévue le 11 novembre prochain.
Le manifeste dénonçait le système capitaliste, la montée du fascisme et la crise profonde du logement. Le mouvement rappelle que le déclencheur de leur mobilisation a été l’expulsion traumatisante de Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans sortie de son appartement sur un brancard, laquelle est décédée depuis. Pour les militants, l’intervention policière nocturne est perçue comme une tentative de détourner le débat public après la présentation de leurs revendications. Le mouvement a désormais lancé un appel sur son compte Instagram pour collecter des preuves vidéo des violences présumées survenues durant la nuit.